J’évoque toujours volontiers les nombreux bienfaits de l’exercice d’une activité passionnante.

Un joggeur, un cycliste, un passionné de bateau, de vol-à-voile ou de golf, un comédien ou un peintre vous diront tous à quel point ils aiment profondément leur activité. Tous vous diront que malgré les efforts, la persévérance pour maîtriser un geste, le doute, la souffrance parfois, leur passion leur fait du bien. Tous vous parleront de plaisir, de succès, de bons moments, d’expériences positives, de rencontres inspirantes bien avant d’évoquer les aspects négatifs.

Si ces aspects positifs n’étaient pas si importants, systématiques, motivants, je n’aurais évidemment pas abordé le sujet de la même manière. C’est évidemment son côté positif qui m’inspire !

Néanmoins, il est important de noter que certains bienfaits sont réduits, voire annulés, dans le cadre d’une perte de contrôle sur l’exercice de sa passion.

La recherche en psychologie sociale a mis en évidence une différence entre la passion « harmonieuse » et la passion « obsessionnelle » (ou obsessive). Les termes sont suffisamment évocateurs pour ne pas devoir les expliciter. On comprend aisément que certains passionnés seront capables de laisser une place suffisante à d’autres activités, de s’arrêter avant une blessure ou, si blessure il y a, de se mettre au repos. Ils seront capables de s’ouvrir aux activités d’autrui, de tenir compte de circonstances extérieures qui représenteraient un obstacle à l’exercice de leur activité. Au contraire, dans le cas d’une passion obsessionnelle, ce contrôle est défaillant et peut conduire à des pratiques à risque. Le risque peut être physique, financier, social, professionnel…

Il est assez difficile de donner des pistes pour rester du bon côté de la limite. Certaines personnalités sont plus sujettes à des addictions telles que le tabac ou l’alcool que d’autres et il est fort probable que ce sont les mêmes qui dépasseront plus facilement la limite dans le cadre de leur passion. On peut envisager une forme de discipline, le plus tôt possible dans le développement de la passion, pour éviter d’atteindre et de dépasser la limite. Mais on comprend aisément que, si une personne est naturellement sujette à l’addiction, la discipline ne suffira pas.

C’est probablement pour cette raison que la passion a longtemps été mal aimée par les philosophes, penseurs de la « vie bonne ». Pour éviter les excès et les risques liés, ils ont préféré considérer la passion comme toujours néfaste, comme une souffrance. Quel dommage !

Je pense pour ma part qu’il y a bien plus d’aspects positifs à l’exercice d’une activité passionnante que de conséquences négatives. Autant donc libérer les passions, en tirer le meilleur et, à l’aide de proches ou d’autres passionnés, par exemple, tenter de se tenir à l’écart des excès.