De l’Antiquité à l’époque romantique, la philosophie, puis les religions monothéistes, ont craint la passion. Le mot, d’ailleurs, viendrait de patior, signifiant « souffrir », « endurer », « supporter », verbes qui induisent la passivité, l’absence de maîtrise et de réaction face à la douleur. La passion amoureuse, la passion du Christ, l’obsession, la folie… autant de pertes de contrôle, de raison, qui ont conduit à se tenir aussi loin que possible de la passion. Aujourd’hui, notre position reste ambivalente face à la passion. À dessein, il faut bien le reconnaître !

On ne peut nier qu’au-delà d’une limite, la passion peut conduire à une perte de contrôle. La recherche en psychologie sociale a d’ailleurs défini deux formes de passion : l’une harmonieuse et l’autre obsessionnelle.

Dès lors que le danger de la perte de contrôle existe et que certaines passions peuvent conduire à la folie, perte de raison et obsessions à un stade pathologique et qui provoque une souffrance, il pourrait sembler sage de se tenir à l’écart du danger.

Pourtant, d’autres pans de la vie humaines nous amènent à nous approcher de la falaise, même lorsque l’on sait que certains sont tombés et que d’autres ont sauté. Il n’empêche que la sensation est forte, la vue est belle et que l’on y retourne bien volontiers. D’autant plus volontiers que le souvenir est positif et présent. Le cerveau a enregistré la sensation de plaisir. On veut revivre cette émotion !

Il ne serait donc pas sage, après réflexion, de s’interdire la passion au motif qu’il y a, peut-être, un danger. Au contraire, la sagesse doit nous conduire à agir en conscience, à savoir que la limite existe, à sentir où elle se trouve et, même si le frisson est à lui seul une source de plaisir, savoir à quel moment il est vital de lever le pied, voire de reculer.

Il restera alors, pour l’immense majorité des passionnés, les aspects positifs de leur activité. Le bonheur de l’exercer, celui de progresser, d’apprendre, de tendre vers la maîtrise, de même que les rencontres, les souvenirs ou encore cette formidable énergie, la confiance, la force de l’identité ! Heureusement qu’on ne s’en prive plus !